J’imagine une grosse balle, ou plutôt je ressens le poids de ma tête comme si elle était une grosse balle. Un ballon de basket rigide et lourd. Qui continue de rebondir par réflexe et gravité. Le ballon relié au mât principal s’enfonce dans le revêtement moltoné de la chaise de bureau, pareil à un arbre centenaire. Le corps tout entier s’enfonce et s’ancre solidement au sol. Les traits du visage sont relâchés. Les yeux à demi-fermés peinent à recevoir la lumière du jour. L’intérieur de la boîte crânienne est lourd, encastré dans les tissus cérébraux. Prisonnier des variations de la pensée et des humeurs. Rien ne bouge. Le regard est fixe et appesanti. La gravité aspire l’énergie cérébrale et maintient le corps au sol. Les yeux habituellement ouverts et perçants, sont à demi-clos. La paupière recouvre l’œil de moitié, les yeux sont privés de leur étincelle. De retour dans l’habitacle crânien, l’idée peine à se déplacer comme si enchaînés à ses pieds se trouvaient les boulets de la fatigue. C’est la brume de l’esprit.
© 2026 Oona Skari Duroy