Je viens de participer à ma première exposition collective. Collective, au nom de la symbiose des créations individuelles. Le thème général est nocturne. Mon sous-thème : vandale. Donné en décembre nous avions deux mois pour imaginer et penser nos sujets. J'aurai pu faire quelques photos de tag et clore le sujet de la sorte. Mais non, car insatisfaite par cette association légère qu'a la grande majorité des individus d'associer le graff au vandalisme. Pourtant, les street-artistes sont fiers de cette association. Ils revendiquent le statut de vandale. C'est pour eux la destruction d'un ordre établi, la dénonciation d'un système. Mais l'acte du vandale est celui d'un individu sans pitié et sans limites. La haine habite ses mouvements. La notion de vandale me renvoyait à une noirceur et à une abysse qu'il m'a semblée nécessaire de creuser. À vandale s'associaient la destruction et la plaie, l'anéantissement. Il est question d'une profondeur sans fond. D'une chute.
Tribu Germanique aux origines scandinaves, elle remonte au I er siècle avant JC. Comme tout peuple, destruction et pillage forgent leur chemin. Contrairement aux idées reçues ils ne sont pas plus barbares que les autres. Mais c'est Voltaire qui en 1732, emploie le terme pour la première fois et le raccroche au champs lexical de la barbarie. Le vandalisme, acte commit par le Vandale, détruit et massacre. Par son acte il efface et brise la transmission. Dans la destruction, s'efface une part de l'Histoire et donc de la mémoire collective. Aveuglés, certains ferment les yeux détournant le regard ; effacement volontaire, emprisonnements, viols collectifs, sectes meurtrières. Le vandale est l'instigateur. Par son acte il s'inscrit dans la mémoire ou l'efface. Transmis ou déformé, l'héritage culturel en pâtit ; bombardements et destructions massives. La transmission est rompue, gangrénée. L'enfant grandit dans l'inconnu, le déséquilibre. L'espèce humaine il la découvrira au fur et à mesure. Le futur est assuré par des générations dont l'éducation est écrasée, déchirée, ruinée. C'est un non respect profond de l'enfance. Souvent décrite comme symbole de la spontanéité et de l'envie de vivre. L'art enfantin n'est que pulsion. Petits humains, ils sont contraints de devenir des adultes avant l'heure.