Se lever à six heures trente pour chopper la lumière matinale et les quelques gouttes de transpiration encore présentes dans les nuages parsemés de la veille. Les températures sont froides pour une matinée d’Août, mais agréables. Elles saisissent et mettent dans le bain du voyeur qui déambule. La voiture encore couverte de terre n’est pas assurée pour l'année 2019. Deux paires d’yeux et quatre caméras attirent souvent l’oeil des flics. Un rapide tour à la courthouse changer la plaque d’immatriculation et faire assurer le véhicule au mois, pour la coquette somme de 169 euros. Tout se paie ici. Le carrosse est prêt, nous décollons.
Le premier arrêt se fait à Drummond. Petit bled à une cinquantaine de kilomètres de Missoula. Assaillis de gigantesques drapeaux, nous pénétrons le fort bien gardé de l’américain fier de son pays et de ses valeurs. Vietnam war veterans et Trump sont placardés sur le cul des voitures, les ruelles sont vides, les drapeaux claquent au vent faisant résonner le bruit sur le mât dominant. Fiers mais abandonnés. Seuls au milieu de nulle part. Il est midi et la faim monte. Nous nous arrêtons dans un petit dîner de bord de route, au Parker Family Diner, pour un burger des plus délicieux. « What can I get you darlin’? ». Le burger du dîner américain à ce gout qu’aucun food truck n’arrivera jamais à recréer. Les buns sont chauds et moelleux, on pourrait les croire sortis de la boulangerie de la grand-mère quelques blocs plus loin. Foutaises et illusions. Ils sortent d’un bon vieux four industriel roi de la contrefaçon. La viande est fine et les tomates sont rondes et larges. La différence se situe au niveau du cornichon. The American Pickle a ce petit gout vinaigré, un peu aigre et sucré. Le goût qui passe bien au milieu de nowhere.
L’échoppe parait sponsorisée par Coca Cola. Les étagères au plafond sont couvertes de bouteilles de Coca vides, des années 50. Les boites en carton de jeu de société Coca et les affiches métalliques trônent fièrement sur les étagères du dessus. Sur un fond de rouge et blanc, des banquettes aux chaises très sixties, aux tee-shirts Coca Cola taille XXL des serveuses, l’emprise de la marque est indétrônable et oppressante. Le géant de la boisson les dirige et les accompagne dans ce monde enfantin et merveilleux du jouet où douceur et fééries se retrouvent. On s’y sent bien dans ce petit resto familial. Les accents sont forts, les gens sont joyeux, les yeux brillent par la faim. Un simple burger plus loin, les autres accompagnements ne rentrant pas dans la panse ventrale, nous quittons ce petit « havre de paix » pour Deer Lodge.